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Soudan : la place de la charia au cœur du dialogue

May 27, 2019 9:42 am by: Category: Rapports Leave a comment A+ / A-

La question de la place de la religion dans les futures institutions n’est toujours pas réglée au moment où reprend le dialogue entre militaires et contestataires sur la composition de l’instance de transition.

PAR LE POINT AFRIQUE

Avant la reprise des négociations et pour la première fois depuis la destitution de M. Béchir, des centaines d’islamistes ont manifesté samedi devant le palais présidentiel. Ils ont rejeté toute future administration civile qui n’utiliserait pas la charia comme source de la législation. La loi islamique est appliquée au Soudan depuis le coup d’État de M. Béchir, soutenu par les islamistes, en 1989, ce qui a entraîné, selon les défenseurs des droits humains, des abus comme la flagellation de femmes pour « comportement indécent ».

La religion, pierre d’achoppement dans les discussions

Selon Al-Tayeb Moustafa, à la tête d’une coalition de vingt mouvements islamistes, « la principale raison de cette mobilisation réside dans le fait que l’ALC ignore l’application de la charia dans le cadre de l’accord » négocié avec les militaires. L’ALC n’a pour le moment pas exprimé sa position sur la charia, affirmant que la priorité était d’instaurer une administration civile. Au cours du rassemblement de samedi, l’islamiste radical Mohamed al-Jazuli a averti l’armée : « Si vous envisagez de transférer le pouvoir à une certaine faction (civile), alors nous considérerons cela comme un coup d’État. » Sur la question de la place de la religion dans les nouvelles institutions, un des principaux leaders de l’opposition, Sadek al-Mahdi, avait également fait entendre sa voix. « L’islam fait partie de l’identité de la majorité des Soudanais. Ça a été une grande erreur, au sein des forces d’opposition, de parler de laïcité », avait déclaré à l’AFP cet ex-Premier ministre, chassé du pouvoir en 1989 et dont le parti Oumma fait partie de l’ALC. Autant dire que le dialogue réenclenché ce dimanche vers 21 heures (19 heures GMT) sur la composition d’un futur Conseil souverain de transition, après une suspension de 72 heures souhaitée par les militaires, promet d’être ardu. Une première manche s’est déroulée toute la nuit jusqu’aux premières heures de lundi matin, selon un correspondant de l’AFP au palais présidentiel où se tient la réunion. Il reprendra ce lundi à 21 heures avec, selon les mots du lieutenant général Shamseddine Kabbashi, « avec l’espoir d’arriver à un accord définitif ».Sinon, ce à quoi tiennent les contestataires, c’est un civil à la tête du Conseil de transition.

Lire aussi Soudan : les contestataires déterminés à avoir un civil à la tête de la transition

Un civil à tout prix souhaité par les contestataires…

« Nous ne sommes pas pressés pour une victoire cruciale », avait indiqué à l’aube sur Twitter l’Association des professionnels soudanais (SPA), pilier du mouvement de protestation cité par l’AFP. « Quelle que soit l’issue des négociations, il s’agit d’un pas en avant », avait-elle assuré, ajoutant qu’elles portaient sur « l’autorité de transition ». Les leaders de la contestation veulent à tout prix qu’un civil dirige cette future institution clé, après un appel pressant de la communauté internationale à ce que les négociations débouchent sur une transition « vraiment dirigée par les civils ». Fer de lance de la contestation, l’Alliance pour la liberté et le changement (ALC) avait indiqué dimanche que les négociations se focaliseraient sur la répartition, entre armée et contestation, des sièges du Conseil souverain ainsi que sur son futur chef. Les généraux insistent pour y obtenir une majorité de sièges tandis que les leaders de la contestation veulent limiter la présence des militaires et placer un des leurs à sa tête.

Militaires et protestataires s’étaient entendus sur plusieurs points avant la suspension des négociations : la durée de la période de transition – trois ans É et la création d’un Parlement composé de 300 personnes, dont les deux tiers seraient issus de l’ALC. Les négociations avaient été suspendues mercredi par le conseil militaire dirigé par le général Abdel Fattah al-Burhane, qui a pris le pouvoir après la destitution et l’arrestation le 11 avril du président Omar el-Béchir. Les militaires réclamaient la levée des barricades installées par des manifestants à Khartoum. Depuis le 6 avril, des milliers de Soudanais campent devant le QG de l’armée dans la capitale soudanaise pour demander le transfert du pouvoir à une administration civile. Vendredi, des manifestants ont démantelé plusieurs de ces barricades. Les progrès dans les discussions ont toutefois été précédés par une première poussée de violence au cours de laquelle six personnes – cinq manifestants et un militaire – ont été tuées lundi dernier.

Pour rappel, à la tête du Soudan pendant près de 30 ans, Omar El Béchir a été destitué par l’armée à l’issue d’un mouvement de contestation inédit déclenché le 19 décembre par la décision du gouvernement de tripler le prix du pain dans un pays miné par une grave crise économique. Les manifestations se sont vite transformées en contestation du pouvoir.

MONA DU POINT AFRICAIN

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